4 questions à… Javier Gimeno

04/05/2020

Javier Gimeno est le Directeur général du Groupe Saint-Gobain pour la région Asie-Pacifique. Alors que la pandémie de Covid-19 s’éloigne doucement de cette partie du monde, il nous raconte ? la vie d’après ?.

Comment se porte l’activité du Groupe dans la région Asie-Pacifique ?

La région est vaste et la situation reste variable d’un pays à l’autre.

A la mi-avril la Chine a retrouvé 90 % de son activité. Chez Saint-Gobain, toutes nos usines sont actives depuis plusieurs semaines, la plupart des métiers ont déjà retrouvé leur niveau de 2019, certains ont même dépassé les niveaux attendus comme le Gypse et les Sciences de la Vie. En revanche, le secteur de l'automobile souffre toujours…

Dans le reste de la région, notre activité dépend de l’évolution de l’épidémie et des mesures prises par les gouvernements. Ainsi le Japon et la Corée du Sud n’ont pas été confinés : alors malgré certaines restrictions, la vie y suit un cours à peu près normal et sur l’ensemble des deux pays nous avons maintenu tout au long de la crise notre niveau habituel d’activité.

L’impact a été aussi limité en Australie et Nouvelle Zélande où les mesures de confinement ont été relativement peu sévères.

A l’inverse, les pays d’Asie du Sud-Est traversent maintenant une phase difficile, avec un confinement strict en Malaisie et Singapour et un peu moins contraignant en Indonésie, Vietnam et Tha?lande. Heureusement, dans ces deux derniers pays nous entrevoyons un rebond assez vigoureux en mai et juin.

Quelles procédures ont été mises en place dans les sites du Groupe pour permettre la reprise des activités ?

Empathie et communication ont été au c?ur de notre démarche.

Premier point : une reprise d'activité, cela se prépare… ce que nous avons entrepris dès le déclenchement de la crise en Chine, en communiquant abondamment et de fa?on réaliste. Il était impératif que nos collaborateurs et nos clients comprennent parfaitement ce que nous voulions faire, comment nous allions le faire, et quel serait leur r?le dans ce projet.

Comme dans le reste du Groupe, la première de nos priorités a toujours été la santé de nos collaborateurs et de leurs familles.

Nous avons mis en place des mesures spécifiques : stocks de masques, télétravail si possible, prise de température à l'entrée de nos sites et mesures-barrières autour des postes de travail et dans les espaces communs.

La reprise a aussi été permise par le bon entretien de nos équipements industriels, des mesures prises pour garantir l’approvisionnement de nos matières premières clés et la disponibilité de nos collaborateurs, avec qui nous avons toujours gardé le contact.

Cette crise a-t-elle déjà des conséquences sur les habitudes de consommation ?

Il est encore t?t mais j’observe déjà plusieurs tendances. D'abord, l’accélération du digital et du e-commerce dans des pays déjà très digitalisés. Mais aussi l’importance croissante des aspects environnementaux et, plus largement de responsabilité sociale dans la décision d’achat… celle-ci est moins déterminée par le prix et beaucoup par la qualité, la performance et la réputation dans un sens plus large de la marque.

Enfin, nous constatons un retour de la clientèle vers des entreprises solides qui ont fait preuve d’empathie et d'engagement social pendant la crise, tant vis-à-vis de leurs clients que de la société en général. Ce qui est précisément le cas de Saint-Gobain : nous avons multiplié les initiatives solidaires (donations de masques et autres équipements, désinfection gracieuse de sites…) et répondu aux demandes de soutien des autorités chinoises.

Alors que la pandémie s’éloigne, quel est l’état d’esprit en Asie-Pacifique ?

Ici comme ailleurs, cette pandémie a constitué un événement inédit, souvent tragique, qui a soulevé des doutes quant à notre modèle de société. En tant que dirigeants d'entreprises, nous n’avons évidemment pas les réponses à toutes ces questions, mais nous avons un devoir d'écoute et de réassurance vis-à-vis de nos collaborateurs et de nos clients.

Bien s?r, si la crise économique en Europe et dans le reste du monde venait à s'intensifier notablement et durablement, cela pourrait impacter de fa?on indirecte nos marchés et nos ventes. Mais aujourd'hui, 99 % de ce que nous vendons en Asie-Pacifique est fabriqué en Asie-Pacifique et inversement. Nous restons donc relativement protégés.

Le grand enseignement de cette crise du Covid-19, c’est que tout est possible. Notre société a été mise à l'épreuve par un virus, qui l'e?t cru ?! A nous, désormais, de nous préparer à tous les scénarios… Tout en sachant que le risque zéro n'existe pas et que l'incertitude devient la norme.?

Mais surtout j’ai réalisé à quel point notre capacité de résilience est grande. Dans cette crise, Saint-Gobain a prouvé sa résistance grace à trois éléments : la qualité des équipes, nos valeurs et une organisation favorisant la prise de décision rapide. Et nous pouvons en être à la fois fiers et confiants pour l’avenir.